Background readings :
    Marocs linguistiques, Maroc national

 

 

  • La période 1963-1989 est considérée comme un “Âge d’Or” au Maroc, au cours duquel les étudiants des écoles primaires, secondaires et supérieures recevaient un enseignement pleinement bilingue, en Français et en Arabe –sur le modèle de la Belgique actuelle.
  • Le Maroc souffre d’un problème technique de formation, qui vient s’ajouter aux enjeux culturels et linguistiques qui sous-tendent notre problématique. Ainsi, ce n’est qu’en 2012 que la première école normale pour enseignant marocains a vu le jour.
  • L’Afrique du Nord est la seule région au monde où le risque de chômage est plus élevé chez les diplômés que chez les non-diplômés. Cette problématique est particulièrement présente en Libye, et fut d’ailleurs un des facteurs majeurs de la Révolution de 2011. Au Maroc également, cette anomalie se fait sentir –alors même que seulement 14% des élèves du primaire parviennent à intégrer les établissements d’enseignement supérieur.
  • L’exception marocaine réside dans le paradoxe suivant: alors que le budget alloué à l’éducation demeure très élevé (au-delà de 6% des dépenses publiques), le Maroc figure parmi les mauvais élèves des classements internationaux. Notre hypothèse consiste ainsi à décrire ce manque de résultat comme le produit d’une volonté politique, plutôt que de défauts techniques propres à une hypothétique exception marocaine.
  • Ahmed Benchemsi, un des premiers théoriciens du “Marocain” et de la reconnaissance du dialecte darija comme langue à part entière, estime que le dialecte marocain, en dépit des préjugés qui l’accable, demeure une langue riche et complexe –les poésies en darija sont par exemple mentionnées. Par ailleurs, le dialecte s’avère plus flexible que l’Arabe littéral –et est par exemple plus à même d’intégrer des vocables étrangers, dans le domaine des nouvelles technologies en premier lieu. Néanmoins, la perception négative du dialecte résulte de la puissance du “mythe fondateur” marocain, présentant le Maroc comme un pays Arabe –et uniquement Arabe (et ce en dépit des multiples influences qui ont produit la culture marocaine actuelle, du Tamazigh aux influences coloniales). Ainsi, selon Benchemsi, les autorité marocaines, n’ayant par réussi à faire disparaître le dialecte, se sont lancées dans une stratégie de dénigrement des atouts de la darija. Benchemsi plaide ainsi pour une reconnaissance de la darija comme une langue à part entière, reconnaissance qui devrait être l’aboutissement final d’un processus incrémental de codification et de standardisation des dialectes marocains (sur le modèle du l’unification de la langue d’Oc et de la langue d’Oil, Benchemsi propose la création d’une Académie du Marocain ainsi que la parution de dictionnaires dédiés à la darija).
  • Par ailleurs, il nous est apparu au cours de nos recherches que la volonté des élites à maintenir une maîtrise “de classe” du Français tient probablement à une volonté politique et idéologique sous-jacente. Ainsi, la maîtrise du Français par une minuscule élite des affaires et de la politique, et non pas par la majorité des marocains, devient pour les classes dirigeantes un moyen de maintenir leur position, en consolidant le caractère exclusif à l’accès au Français, véritable fenêtre sur le monde au Maroc. Une telle volonté politique explique par ailleurs l’intransigeance du processus d’Arabisation, effectué de bout en bout sans aucune contribution ou consultation de la société civile marocaine. 

 

 

Ecrit par Diego Filiu

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