L'INTÉRÊT DE CETTE QUESTION :Depuis la Révolution du 25 janvier 2011, l'armée égyptienne a eu un rôle explicite prépondérant de différentes manières. Ainsi, en refusant de tirer sur le peuple égyptien, elle a empêché un bain de sang avec des proportions largement supérieures à ce qu'il s'est passé en réalité. Ensuite, une fois que Hosni Moubarak a été écarté du pouvoir, c'est encore l'armée qui a pris en charge le processus démocratique par l'intermédiaire du Conseil Supérieur des Forces Armées et en particulier du maréchal Tantawi.

Une question évidente que l'on peut se poser est celle de l'intérêt de l'armée à se placer avec le peuple (« L'armée, le peuple, une seule main ») contre le régime en place : il semblerait d'après certains auteurs dont Aclimandos lui-même que l'armée voyait d'un mauvais œil la possible ascension au pouvoir du fils de Hosni Moubarak, Gamal, qui constituait un risque de démantèlement de leur réseau économique par les mesures qu'il aurait pu prendre. On peut également noter l'incroyable ferveur populaire envers l'armée qui a saisi la plupart des Égyptiens à la chute de Moubarak : dans les rues, photos avec les soldats, les tanks, etc.

La transition démocratique et l'attente de l'organisation d'élections présidentielles s'allongeant dans le temps, des manifestations contre l'armée vont voir le jour, ce qui va accélérer le processus. C'est finalement un « civil », Morsi, qui sera élu à la tête du pays : son pouvoir reste cependant gêné par le SCAF, qu'il va donc essayer de réduire en démettant le maréchal Tantawi de ses fonctions … Puis est né le mouvement « Tamarrod » qui va appeler à des manifestations aux dimensions impressionnantes le 30 juin 2013 ; l'armée va alors une nouvelle fois jaillir sur la scène politique à travers la figure charismatique de l'ex-général, maintenant maréchal, Abd El Fatah Al Sisi qui va annoncer l'ultimatum à Morsi. L'aspect qui semble intéressant aujourd'hui réside dans le fait que c'est de nouveau l'armée qui est impliquée dans le processus de transition démocratique et qui doit organiser des élections, sauf que, à la différence de l'après 25 janvier 2011, on ne constate pas cette amertume du peuple qui voulait un gouvernement civil, alors que c'est l'armée et surtout Al Sisi qui sont soutenus dans la phase actuelle : on peut donc s'interroger sur la présence d'Al Sisi et de son charisme pour assurer une cohésion Armée / Société civile, tandis qu'une telle figure n'existait pas après 2011. Cela lie directement à la problématique du culte de la personnalité qui s'organise autour de lui.

=> pas d’alternative à l’armée ; peu de marge de manœuvre / alternative

=> part de populisme indispensable au maintien de la stabilité (dispositif pouvant guérir le SIDA)

Armée : cherche à protéger l’appareil d’Etat et son autorité sur la société – gouvernement (il est inscrit dans la nouvelle constitution que l'armée aura le monopole du choix du Ministre de la Défense pour les 8 années à venir), économie, social. Cet intérêt est directement lié à la protection et la sécurité des biens et des personnes : si l’armée veut rester en place, elle a besoin du soutien du peuple (système de recrutement qui a progressivement permis de plus en plus de gens des classes pauvres d'intégrer l'armée : mesure prise par Nasser)

Morsi apparaît alors comme une menace : il est proche des Frères Musulmans, il cherche à affaiblir les positions de l’armée au sein de l’appareil étatique (destitue le maréchal Tantaoui, ministre de la Défense et président du Conseil suprême des forces armées et le général Sami Annan). C'est pour cela, explique Aclimandos, que l'armée va faire en sorte d'isoler Morsi au sein même des Frères Musulmans afin qu'il ne mette pas trop en danger les intérêts de l'armée.

- Pourtant, il choisit de nommer Abdul Fatah Al-Sisi, major-général dans l’armée. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il est réputé proche des Frères Musulmans (aujourd’hui l’une de ses forces est d’être un homme très pieux - atout pour assoir sa crédibilité 1) auprès de Morsi 2) dans l’Egypte actuelle car c'est un gage de fidélité et de loyauté en quelque sorte, c'est-à-dire que même les Coptes respectent Al Sisi pour cela).

=> élément d’explication à cette étrange configuration des évènements :

Morsi, même s’il veut limiter l’emprise de l’armée, ne peut pas l’éliminer aussi brutalement, notamment à cause de l’ancrage historique de l’armée dans l’appareil d’Etat.

(l’ancrage sociétal est également certain, mais est-ce que ce facteur a joué en faveur de la nomination de Al-Sisi au sein du gouvernement de Morsi ? Probablement pas).

- Si on reprend le déroulement des évènements, il semble que l’armée aie certes répondu à une volonté collective lors du coup d’Etat contre Morsi, mais qu’il y ait aussi eu une volonté de reprise de contrôle. Plusieurs éléments tendent à montrer que l’armée s’appuie très fortement sur la légitimité que lui donne le peuple pour maintenir son pouvoir sur l’ensemble de la société.

=> des éléments à discuter : soupçons de sabotage orchestré par l’armée pour pousser les égyptiens contre le gouvernement Morsi - cf les pénuries de denrées de base, de l’essence, de l'électricité qui prennent fin dès que l'Armée « prend » le pouvoir.

=> on a l’impression d’une sorte «d’imbrication» de l’armée dans la société, d’une interdépendance à tous les niveaux - dès lors, difficile d’imaginer une quelconque transition sans que l’armée y ait une place majeure, justement à cause de son emprise sur l’ensemble de la société - «Un État dans l’État ?»

Autre signe de ce contrôl : la liberté de la presse est relativement présente, mais il y a une forme d’autocensure dans les médias à cause de l’omniprésence de l’armée => procès de civils par un État et des tribunaux militaires, contraire à l’état de droit, mais constitutionnel.

Stéphane Roll : « Je reste convaincu qu’elle ne souhaite pas conserver le pouvoir politique, c’est-à-dire continuer à diriger activement la politique du pays. Ces dernières semaines, les rapports entre la population et l’armée sont devenus plus tendus, car l’armée est vue  davantage comme un frein que comme une force motrice.»

- Influence d’acteurs extérieurs : dépendance forte vis à vis des États-Unis => cela permet-il d’assurer un contrôle démocratique ? Facteur de stabilisation ?

- L’armé ne semble de toute façon pas avoir intérêt à conserver le pouvoir officiellement - cela l’expose trop, et on commence à sentir chez les Égyptiens une forme de rejet du cadre autoritaire, surtout chez les jeunes. C’est ce qu’ils ont critiqué chez les Frères Musulmans, c’est ce qu’ils voient d’un mauvais œil dans le contrôle militaire.

- La dimension charismatique du leader militaire semble être facteur de cohésion et de stabilité - la société a besoin de se rassembler derrière une figure et l’armée dispose pour l’instant de cette légitimité. Même si des critiques de plus en plus en violentes commencent à se faire entendre, il ne semble pas y avoir de réelle alternative.

-Importance des médias dans l'image qu'ils véhiculent de l'armée : plutôt pro-armée en ce moment.

- La position-clé d'Al Sisi : visite en Russie pour faire un contrat d'armement (nouvel acteur extérieur?), annonce de l'austérité, signature d'un contrat de 1 million de logement pour 43 milliards de dollars avec les Émirats Arabes Unis.

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